Baignade en eaux glacées

Le 9 février 2016, dans l’émission «On en parle » de la 1ère de la RTS, il était notamment question des effets des baignades hivernales dans nos lacs et de leurs conséquences sur l’organisme.
Le spécialiste invité par l’émission, un médecin du sport, relevait les avantages et les désavantages d’une telle pratique. Se plonger dans l’eau glacée a pour effets de stimuler les fonctions du corps et l’organisme vit un stress qui l’incite à produire des hormones spécifiques (comme l’adrénaline). Résultat : on ressent les effets dopant de ces hormones et, pendant un moment, une impression de vitalité et de force.
A l’inverse, ce choc vécu par l’organisme au moment de l’immersion, peut être dangereux pour les personnes présentant des risques cardiaques. Il est donc très déconseillé de pratiquer les bains dans l’eau glacée dans ces cas-là.
Au final, ce médecin ne donnait pas une réponse claire concernant les effets positifs de ces bains gelés. Il constatait plutôt que les personnes les pratiquant prennent souvent et plus généralement bien soin d’elles-mêmes et que c’est peut-être davantage ce facteur-là qui est en cause dans leur bon état général.

Dans ce décodage du mois je vous propose que nous nous immergions ensemble dans l’eau gelée pour comprendre comment et pourquoi ces bains agissent sur l’organisme et le mental. Pour cela, ajustons nos lunettes de plongée du décodage biologique et regardons ce que nous dévoile cette pratique.

Pour commencer il faut comprendre cet élément théorique fondamental :

Le corps vit trois états distincts qui sont schématisés ci-dessous.

Le premier état : la normotonie (l’état dit « normal »)
Il s’agit de l’état habituel hors stress particulier. L’organisme vit de petites variations de son rythme.

Le deuxième état : la phase froide
Elle survient en réponse à un stress particulier. Un choc. Il peut s’agir d’un choc psychologique (un conflit avec autrui, une remarque désagréable, une peur soudaine de quelqu’un ou de quelque chose, des pressions professionnelles…) ou d’un choc organique (se plonger brutalement dans l’eau froide, se faire mal, entrer en contact avec un produit toxique, …)

Le troisième état : la phase chaude
Elle débute dès que le choc est dépassé, le conflit résolu. C’est la phase durant laquelle l’organisme va se « remettre » du préjudice subi.

Métaphoriquement il y a
La normotonie : le guerrier dans sa vie quotidienne
La phase froide : le guerrier qui est au combat
La phase chaude : le guerrier qui soigne ses plaies et se repose après le combat.

Pourquoi cette appellation « phase froide », « phase chaude » ?
Car l’organisme va vivre des sensations spécifiques de froid en phase froide et de chaud en phase chaude. Et nous en faisons tous l’expérience régulièrement. N’avez-vous jamais vécu une semaine ou une période stressante (souvent mains et pieds sont froids en période de stress) qui, dès qu’elle se termine, par exemple lorsqu’arrive le weekend ou les vacances, est suivie d’une montée d’état grippal (avec des symptômes de chaleur, de fièvre) ? Oui, vous connaissez sûrement cela. Et vous faites alors l’expérience de ces phases.

La phase froide (le guerrier lors de la bataille) :
Il s’agit du moment pendant lequel l’organisme est soumis à un stress important. Son objectif : tenir au mieux durant le conflit. Pour cela il lui faut concentrer ses forces vers ce qui est absolument vital. Raison pour laquelle le sang est dirigé massivement vers les organes très utiles durant ce stress. Les vaisseaux périphériques se rétrécissent, occasionnant une sensation de froid aux pieds et aux mains.
Le taux de cortisol, d’adrénaline, d’ACTH et de thyroxine (toutes des hormones visant à stimuler l’organisme et à répondre au stress) s’élève. Le corps est littéralement boosté. Le tonus musculaire augmente.

La phase chaude (le guerrier a terminé le combat et peut se reposer enfin. Mais il va aussi commencer à ressentir la douleur de ses blessures) :
Durant cette phase, la personne se sent d’abord détendue. Les vaisseaux périphériques se dilatent et les pieds et les mains retrouvent de la chaleur.
Les hormones présentent en phase froide chutent au-dessous de la normale. Ce qui permet au corps un véritable repos. Il n’est plus du tout boosté, bien au contraire. Il fonctionne en sous-régime.
Durant cette phase, les œdèmes apparaissent. L’eau est sollicitée dans les tissus pour venir nettoyer les cellules « mortes au combat ». Egalement, les virus et bactéries peuvent proliférer pour agir sur l’organisme comme de véritables éboueurs. C’est lors de cette phase que la fièvre est présente. Non pas pour détruire les microorganismes, comme il est communément pensé, mais pour permettre leur prolifération et donc activer le processus de guérison. En effet, la chaleur corporelle entre 37 et 39 degrés est très favorable au développement des bactéries.

Pour se sortir de la phase chaude il existe deux moyens :
1 – Terminer la phase entièrement et permettre au corps le repos nécessaire pour se réparer complétement.
2 – Se retrouver à nouveau en phase froide. Les œdèmes se résorberont sous l’effet des hormones qui seront à nouveau sécrétées par l’organisme, la fièvre baissera et le corps retrouvera du tonus. Mais cet état de survie réactivé ne fera que repousser temporairement l’arrivée d’une nouvelle phase chaude.

(N.B : la phase chaude est, en réalité, elle-même composée de trois phases distinctes qui ont leur importance dans le processus de guérison. Ces phases ne sont pas exposées en détails dans ce présent chapitre mais pourront être développées plus complétement dans un autre décodage du mois)

Alors revenons à notre plongeon ! Et comparons-le à ces trois phases.

Je suis dans une situation de vie normale. Mon corps est en normotonie. Et je me dirige au bord du lac pour y effectuer ma nage en eau glacée.
Lorsque je plonge mon corps dans l’eau, celui-ci vit un choc brutal et entre subitement en phase froide. Le sang est dirigé vers les organes vitaux au détriment des extrémités. La peau devient blanche, les muscles sont engourdis.
Pour survivre au choc et lutter contre ce terrible agresseur qu’est le froid, mon corps se met à sécréter des hormones spécifiques (adrénaline, …). Je me sens alors boosté par cette immersion.
Après le bain, une fois l’effet énergisant passé, l’organisme et le mental entrent en phase chaude et la circulation sanguine reprend dans tout le corps. Le taux d’hormones chute, on se sent bien. Apaisé.
Non pas par le bain froid… mais bien par le fait que l’organisme s’est sorti de ce terrible état de stress vital (une immersion trop longue provoquerait la mort et cela l’organisme le sait très bien).

Alors pourquoi certaines personnes ne jurent que par les bienfaits de l’eau glacée ?

Pour plusieurs raisons que ces phases froide et chaude permettent de comprendre :
– Ce stress brutal de l’entrée dans cette eau va orienter tout l’organisme vers un seul et unique but : « survivre assez longtemps à ce bain froid pour retrouver la berge et être sauvé ». Psychiquement, concentrer son énergie dans un seul but fait temporairement oublier tous les autres soucis de moindre importance vitale. Cela a un effet très positif sur ces autres soucis du quotidien qui, de par la distance prise, peuvent ensuite être vécus plus sereinement. Leur impact psychologique sera réduit et donc, par conséquent, l’organisme sera déstressé. Qui dit baisse de stress, dit baisse de phase froide, donc baisse de phase chaude ensuite, donc baisse des états connus des maladies infectieuses (la boucle est bouclée !). Et voilà pourquoi ces baigneurs de l’extrême disent avoir moins de maladies infectieuses que les autres.

– En entrant en phase froide, les hormones sécrétées par le corps provoquent des effets sur l’organisme mais également sur le psychisme : on est un peu euphorique. Se sentir euphorique et mettre temporairement de côté ses soucis quotidiens (puisque le corps et l’esprit sont occupés à lutter contre le froid) provoquent exactement la même d’accoutumance que certains psychotropes. Et on a envie et besoin de retrouver régulièrement cette sensation. Ces baigneurs de l’extrême sont donc un peu drogués par leur activité.

– La phase froide amorcée par le choc d’entrer dans l’eau glacée + l’effet du froid lui-même vont s’additionner et augmenter les réactions de l’organisme. Résultat : les effets corporels de la phase froide seront d’autant plus importants.

– La phase chaude qui clos cette expérience est également très agréable pour l’organisme. Car elle s’accompagne de relâchement et de chaleur sans maladie adjacente puisque le choc a été de courte durée et qu’il ne présentait pas un impact psychologique négatif (la personne a choisi de se mettre dans l’eau. Elle n’était pas immergée contre son gré, comme en cas de naufrage par exemple).

– Et finalement, n’omettons pas l’effet psychologique du défi relevé. Il y a une forme de fierté à parvenir à se baigner dans de l’eau où la plupart des humains ne se laveraient même pas les mains.

En conclusion : Le bain glacé va apaiser les ressentis désagréables (les pensées obsessionnelles, les problèmes sans issues, les inquiétudes, …) liés à d’autres stress du quotidien. Donc en réduire les conséquences sur l’organisme. Car de son bain froid volontaire on se sort facilement. Par contre, de ses pressions psychologiques quotidiennes, il est bien plus compliqué de s’extraire.
Cependant, il est important de garder à l’esprit que cet acte est « contre nature » dans le sens où il met le corps en survie et crée un choc biologique non négligeable (le danger de mort). Raison pour laquelle cet état de stress pour l’organisme n’est pas recommandé pour les personnes souffrant de troubles cardiaques.
Pratiquer le bain glacé est donc une stratégie de type « électrochoc » visant l’apaisement personnel. Si ça vous fait du bien alors bonne baignade ! Moi je vous prends en photos depuis le bord !